Eliane BOULONGNE
Témoignage d’une grande Dame de l’Ikebana, Eliane BOULONGNE, disparue en 2005 :
« Il y a bien des années, en admirant un bouquet japonais, j’ai su que l’Ikebana allait devenir une grande passion : les fleurs avaient parlé… Depuis ce moment, créer grâce à elles et pour elles m’a procuré un profond bonheur intérieur et d’immenses satisfactions. J’ai découvert que l’Ikebana, plus fort qu’un art, est une philosophie. Comme tous les arts sous l’influence du bouddhisme zen, il est une voie de transformation de l’être.

Visuellement éphémère comme la vie, lorsqu’il est harmonie, équilibre et créé avec le cœur, il laisse dans l’âme une trace indélébile. L’Ikebana demande patience, rigueur, calme et ne supporte pas la médiocrité. Comme pour tous les autres arts, la beauté ne s’atteint que grâce à un travail persévérant.

Pour composer un bouquet, le choix est la base de la réussite : choix du contenant, choix des éléments qui composeront l’arrangement. Les branches coupées de l’arbre, les feuilles détachées de la plante continueront à vivre.

Pour la création d’un arrangement, la nature nous propose, tel un puzzle vivant et magique, d’innombrables variétés de fleurs et de végétaux.
Quand les végétaux sont choisis, il reste à trouver le contenant qui les mettra en valeur pour la meilleure harmonie. Ainsi, la création de la nature et celle de l’homme communieront et se valoriseront mutuellement. Pratiquer l’Ikebana, c’est découvrir la beauté, la capter, c’est dépouiller et façonner une branche pour en faire ressortir la meilleure expression, c’est sculpter la plénitude des masses, c’est aussi mettre en valeur une feuille, une seule fleur, jouer avec les couleurs qui se valorisent et s’harmonisent.
L’Ikebana est une architecture en trois dimensions : équilibrée malgré l’asymétrie, équilibre instable et mobile, telle la nature. L’architecture étant construite, les fleurs apportent leur présence fragile et forte, mais toujours délicate. Elles peuvent être lignes de base ou se glisser dans la création pour la valoriser et lui donner son charme final.
La création d’une composition pleine d’esprit, de vitalité et de rythme, doit s’exprimer en toute humilité et en communion avec la nature pour apporter paix et amour. Le traitement de l’espace diffère entre l’art floral occidental et japonais.
Dans la culture française, la notion d’espace est négative, le vide n’est rien et ne vaut rien. Il n’a aucune importance et doit être comblé. Contrairement à l’adage « la nature a horreur du vide », la pensée asiatique est tout autre et vient de la conception de la vie. Pour que la vie se développe dans notre univers, chacun doit avoir son espace de vie et le vide apparaît comme primordial.
L’expression de l’Ikebana correspond à l’hymne de la vie : l’Ikebana apporte à ceux qui le pratiquent beaucoup de satisfactions : richesse intérieure, connaissance plus approfondie de la nature, sensibilité artistique. Plus qu’une technique, c’est une philosophie, un art de vivre et de faire vivre et renaître les fleurs. »
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